Je me souviens encore de ce moment historique… je venais juste de m’acheter un sublime ensemble de lingerie avec porte-jarretelles et j’avais décidé d’oser devenir une vraie femme. C’était à Noël 2010, mon amoureux m’avait dit aimer les porte-jarretelles et pour lui plaire, le garder, j’ai bien sûr sauté le grand pas. Cela sentait le froid et la neige et j’aimais me préparer pour nos après-midis d’amour.

Je n’oublierai jamais cet instant magique où j’ai reçu le colis tant espéré. Un moment solennel, hors du temps, irréel presque et magique. J’ai tout lu de l’histoire de ce bas et j’avais l’intime conviction de faire partie de l’histoire, de l’honorer de le célébrer. Libération 45, quel grand nom. La guerre, les Américains, es premiers bas et le chic des femmes des années après-guerre et leur marche affairée à petits pas. Les films noir et blanc, les chapeaux à voilette, les regards furtifs comme si de rien n’étaient. Les rouges rouges, les gants en tulle noir, d’ailleurs ce sont eux que j’allais enfiler et devenir donc une vraie femme, mais plus lente, plus voluptueuse et joueuse.

J’ai mouillé le bout de mes doigts, comme ma mère me l’avait conseillé, puis aller jusqu’à enfiler les gants, afin de n’accrocher aucun minuscule fil de ce tissage d araignée si précieux destiné à sublimer mes jambes. J’ai ouvert l’emballage et sorti délicatement ce cadeau que je faisais à l’amour…à notre amour.

Quel plaisir d’ajuster la couture pile-poil sur le tendon tête renversée dans le miroir. S’occuper de soi, caresser ses propres jambes en démarrant de la pointe des pieds, afin de tendre cette douceur noire emplie de mystère et de promesses et découvrir cette douce sensation de tension et fermeté non élastique. S’admirer et se dire quelle beauté mes jambes. Admirer cette semelle noire bordée de transparence, admirer ce talon plus noir qui finit en couture, la symétrie des petits points de tissage destinés à élargir le bas au niveau du mollet… quel art, quelle précision… et tout cela rien que par amour et pour l’amour.

Puis les plis, ces petits plis tendus entre la malléole et le tendon d’Achille… Je crois que c’est bien eux qui signifient le plus la beauté d’un bas couture. Ensuite, le trou, ce fameux trou de finition à l’arrière de la cuisse, que je préfère entre-temps plus grand, comme la maison Cervin le fait si bien, si proportionnel et juste.

Puis l’accrochage, comme dans les films, pied relevé sur le bord d’une chaise et si possible dans un miroir en se tenant toute droite… cela m’a pris un petit moment d’apprendre à les accrocher, mais quelle victoire lorsque j’ai enfilé les talons.

La perfection devant moi, LA femme, la beauté, la sensualité la plus racée… Une autre femme, un autre temps, une ode à ma féminité.

Alina